J’accuse (4/12): les délits d’initiés du 11 septembre

Après avoir résumé la version officielle des attentats du 11 septembre, je propose dans les deux chapitres suivants la démystification des deux « zones d’ombre » les plus polémiques entourant cet événement. Dans le présent chapitre, je m’intéresse aux soi-disant délits d’initiés qui auraient été constatés dans la semaine précédant les attentats.

Nota Bene : Donald Forestier est un auteur fictif inventé pour imiter le style des apôtres de la version officielle des attentats du 11 septembre 2011 dans les grands médias.

Préambule

Pour composer ce chapitre, j’ai été contraint de m’intéresser au monde de la finance. Je n’ai certes pas pu l’explorer en détail. Je n’en avais ni le temps ni les moyens. Je me suis focalisé sur les aspects les plus en rapport avec l’affaire que je voulais résoudre. Mais j’ai vite été frappé d’une chose : de toute évidence, avec le « monde de la finance », l’humanité a créé un univers parallèle, tout à fait étrange, déconnecté de la réalité, gouverné par ses règles propres, et qui doit inspirer la plus grande méfiance.

Ses acteurs semblent parler une langue inconnue du commun des mortels : on y parle stock options, joint ventures, sociétés offshore, swaps de devises, capitaux flottants, couponnage, externalisation, prévision auto-productrice, récession à double creux, surréaction, etc. Pour rappeler une histoire que tout le monde a encore forcément fraîche en tête, je ne pense pas qu’il se trouve beaucoup de gens dans la population française qui ait compris même dans les grandes lignes en quoi consiste la fameuse crise des subprimes qui a été au fondement du krach boursier de 2008.

Une image me fera peut-être mieux comprendre : le monde de la finance ressemble fortement à celui du jeu. La plupart des opérations qui s’effectuent sur les marchés, portent le nom de spéculation. Ce terme vient du monde de la philosophie où il n’a déjà pas très bonne presse. La spéculation financière ressortit pour l’essentiel à des paris sur l’évolution à la baisse ou à la hausse du cours des actions. Comme dans le monde du jeu, les acteurs doivent faire preuve de sang froid, saisir les occasions au bon moment, avoir du flair, de la chance… et être absolument dénués de scrupules. Le fonctionnement du monde de la finance est si proche de celui du jeu que les sociétés de trading et de courtage depuis quelques années ont eu l’idée d’embaucher dans leurs desks les meilleurs joueurs de poker de la planète.

Ses acteurs brassent des quantités d’argent inimaginables pour les citoyens qui travaillent dans l’économie réelle. Les montants mis en jeu défient l’imagination. On y compte en millions, milliards, et dizaines de milliards de dollars. Un simple clic derrière un écran peut avoir des répercussions fantastiques, des profits ou des pertes colossales, la ruine d’une entreprise, l’anéantissement de l’économie d’un pays. La Société Générale se souviendra longtemps des 5 milliards d’euros perdus par le trader Jérôme Kerviel. Incidemment, les gens qui y travaillent sont richissimes et vivent coupés du reste de l’humanité. Beaucoup d’entre eux en sont même si éloignés, qu’ils considèrent tous ceux qui ne s’occupent pas de finance comme des moutons aveugles et stupides dont l’existence n’a qu’une raison d’être, celle d’être tondus.

Le monde de la finance est par ailleurs le seul de l’univers professionnel, avec le sport de haut niveau, où figurent à côté du salaire, souvent supérieurs à celui-ci, les fameux « bonus ».

Introduction

Depuis bientôt neuf ans, les conspirationnistes rengainent une romance étonnante : en plus d’avoir vu quatre avions de ligne s’effondrer sur diverses cibles symboliques, la journée du 11 septembre 2001 aurait été l’occasion, pour certains spéculateurs avisés, de participer à l’un des plus grands délit d’initiés de l’histoire.

Ces spéculateurs, avertis de la date des attentats, se seraient retrouvés en état d’anticiper la chute du cours d’actions d’entreprises directement concernées par l’événement, à savoir, les deux compagnies aériennes des 4 avions détournées, United Airlines, et American Airlines, des entreprises qui avaient des locaux dans l’une des tours du complexe du World Trade Center, comme JP Morgan ou Merill Lynch, enfin des compagnies d’assurances engagées sur le site comme AXA ou Munich Re.

Anticipant la chute du cours de ces compagnies, ils auraient massivement spéculé à la baisse sur ces actions, et engrangé ainsi en quelques jours des dizaines de millions de dollars de profit.

Craignant de ne pas être bien compris dans le traitement de cette épineuse « zone d’ombre » du 11 septembre, il m’a semblé de bonne pédagogie de faire une mise au point, au moins sur ces deux notions clés, pour l’affaire qui nous intéresse, que sont les délits d’initiés et la spéculation à la baisse.

Deux exemples célèbres de délits d’initiés

On peut parler de délit d’initiés dès lors que des acteurs, avertis à l’avance d’informations cruciales sur le devenir d’une entreprise, de résultats excellents ou exécrables, ou encore d’une OPA juteuse en préparation, sont en état de spéculer à la hausse ou à la baisse, pour engranger des profits records en un temps extrêmement bref. Pour reprendre ma comparaison avec le jeu, c’est comme si à une table de poker vous aviez la possibilité de savoir à l’avance quelles sont les cartes qui vont tomber. Dans ce cas là on parle plus simplement de triche ; et c’est bien cela qu’est, tout bien pesé, un délit d’initiés.

Quelques exemples célèbres en leur temps ont défrayé la chronique. L’analyse sommaire de deux d’entre eux permettra au lecteur de se faire une idée bien nette du caractère scandaleux de ce procédé.

L’affaire Pechiney triangle est un scandale politico-financier qui a éclaté en mai 1988. A cette époque, la société Pechiney (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pechiney), groupe industriel public, et fleuron des entreprises françaises, spécialisée dans l’aluminium, l’électrométallurgie, et le combustible nucléaire, ambitionne de racheter la société américaine American National Can, numéro 1 mondial de l’emballage, mieux connu sous le nom de « Triangle ». L’action Triangle est alors sous-côtée à 10 dollars. L’OPA de Pechiney fera remonter le cours de l’action, quelque temps plus tard, à 56 dollars

D’ordinaire une telle information reste secrète jusqu’au dernier moment. Seules les personnes les plus haut placées dans l’entreprise sont censées être au courant, et n’ont évidemment pas le droit de spéculer en cette occasion pour leur propre compte. Or des fuites ont lieu avant que l’OPA ne soit entérinée, encourageant 8 personnages importants du monde de la politique et de la finance de réaliser des profits substantiels. Parmi elles, un vieil ami de François Miterrand, l’homme d’affaire Roger Patrice Pelat, qui réalise 350000 euros de plus value, et Max Théret, financier du parti socialiste qui réalise 1,4 millions d’euros de plus value. Aux Etats Unis, des gens comme Bernard Madoff réaliseront de fructueuses transactions

C’est la SEC (Securities and Exchange Commission) qui va révéler ce scandale au grand jour. La SEC est l’équivalent aux États-Unis de notre AMF (Autorité des Marché Financiers), chargée de détecter les transactions boursières suspectes. Celle-ci relève, dans la semaine précédant l’OPA, du 14 au 18 novembre 1988, une quantité anormalement élevée de mouvements sur le marché des actions Triangle : alors que d’ordinaire ne s’enregistrent en moyenne que 17500 transactions par semaine, cette semaine-là ce chiffre bondit à 200000 transactions, ce qui correspond à une augmentation d’un facteur 12 par rapport au volume ordinaire. La SEC, dont nous aurons l’occasion de reparler plus loin, avertit son homologue française, l’affaire est révélée au grand jour, Mitterrand est contraint de désavouer publiquement son vieil ami Pelat, des peines de prison, avec sursis pour l’essentiel, et de fortes amendes sont prononcées. L’affaire Pechiney Triangle est sans doute la plus grande affaire de délits d’initiés qu’ait connu la France ces trente dernières années.

L’affaire Enron : fondée en 1985, Enron était, au moment de sa banqueroute, la 7ème entreprise étasunienne, avec un chiffre d’affaires de plus de 139 milliards de dollars. Son cœur de métier était l’extraction de gaz, et son acheminement par le biais de gazoducs aux entreprises et aux particuliers. Depuis des années, son président, Kenneth Lay, avec la complicité de son directeur général Jeffrey Skilling, avaient monté un système complexe de milliers de sociétés off shore dans lesquelles ils pouvaient ponctionner autant d’argent qu’ils le voulaient, sans que ces retraits apparussent dans les comptes de l’entreprise. L’entreprise, justement, qui affichait des taux de croissance record, était en fait un gouffre financier insondable.. Suite aux attentats du 11 septembre, la bourse plonge, et les banques veulent récupérer les sommes astronomiques prêtées à Enron. La SEC, le 31 octobre, ouvre une enquête sur la firme : les défauts de paiement de l’entreprise s’élèvent à 40 milliards de dollars. Le 2 décembre, la société se déclare en faillite. 5000 personnes perdent leur emploi et leur retraite, et des centaines de milliers de petits épargnants sont ruinés. (source vidéo)

En 2005, les deux dirigeants, entre autres chefs d’inculpation, sont accusés d’escroquerie, de fraude, de mensonges, etc… et de délits d’initiés. Ce n’est pas pour rien que Jeffrey Skilling et Kenneth Lay ont été surnommés (avant que la chaîne de Ponzi de Madoff ne soit révélée au grand jour), les « gangsters du siècle ». En effet, ces hommes d’affaires se sont rendus coupables, avant que le navire ne sombre, du plus grossier délit d’initiés jamais commis : dans le mois qui a précédé la banqueroute, et avant que le cours de l’action ne s’effondre à la valeur d’un dollar symbolique, les deux dirigeants ont revendu, l’un pour 90 millions, l’autre pour 185 millions de dollars de stock options dont ils s’étaient gavé année après année. Ironie particulièrement infâme, alors qu’ils anticipent l’effondrement de l’action et vendent les leurs en masse, ils n’ont de cesse d’encourager dans le même temps les employés de la firme, sans doute pour que le cours de l’action ne s’effondre pas trop vite, à acheter des actions en promettant que la tornade qu’ils traversent était un incident de parcours sans lendemain. Kenneth Lay, mort d’un infarctus avant la fin du procès dont le verdict est rendu en juin 2006, ne purgera jamais la peine de 6 ans à laquelle il a été condamné. Jeffrey Skilling, quant à lui, est aujourd’hui derrière les barreaux, où il purge une peine de 24 ans de prison pour ses forfaits.

Le lecteur aura compris, à partir de ces deux exemples emblématiques, en quoi consiste un délit d’initiés, une forme de criminalité impliquant presque toujours des personnes haut placées dans les entreprises concernées, et de chanceux “amis” qui peuvent au passage gagner en peu de temps des sommes qui se chiffrent en millions de dollars. Il aura pu apprécier également l’efficacité d’une instance comme la SEC, qui dans ces deux cas est intervenue efficacement pour révéler le scandale, n’hésitant pas dans le premier cas à s’aventurer hors des frontières étasuniennes.

Je regrette qu’en France notre Autorité des Marchés Financiers (AMF, ex COB) ne soit pas plus efficace et déterminée, et que les responsables de délits d’initiés bénéficient d’autant d’indulgence à l’issue des procès qui leur sont intentés, quand on leur en intente. La comparaison des peines prononcées dans ces deux affaires est éloquente. Pour l’affaire Pechiney Triangle, seul Alain Boublil, le directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy, a été condamné à de la prison ferme (un an), ses huit comparses initiés n’écopant que de peines de prison avec sursis. Si les États-Unis sont plus intransigeants en la matière, c’est sans doute qu’ils sont habitués depuis beaucoup plus longtemps à ce type de malversations. La SEC a été créée en 1934, suite à la désastreuse crise de 1929. En France, il faudra attendre 1973 pour que l’AMF, largement sur son modèle, voit le jour.

Qu’est-ce qu’une spéculation à la baisse ?

Le monde de la finance, disais-je, est vraiment un univers étrange. C’est le seul endroit sur terre où l’on peut faire de substantiels profits sur des produits dont la valeur est en chute libre. Car c’est un peu çà en résumant grossièrement ce qu’est une spéculation à la baisse : plus le produit sur lequel je spécule baisse, plus le profit que je réalise est élevé.

Prenons le cas d’une action dont le cours est de 100 euros. Je connais cette entreprise et sais qu’elle bat de l’aile en ce moment. Le cours de l’action ne s’en est pas encore ressenti, mais il est très probable que son cours va baisser dans un avenir proche. Je décide donc d’acheter une option de vente. Dans le contrat je spécifie que je parie que le cours de l’action aura, d’ici un mois par exemple, chuté de moitié, et qu’elle ne vaudra plus que 50 euros. Si mon estimation s’avère exacte, un mois plus tard, la personne à qui j’ai acheté l’option de vente sera obligé de m’acheter mes actions au prix où elles étaient au moment où j’ai acheté l’option, c’est à dire au cours de 100 euros, dans le même temps je paierai le même paquet d’actions au prix où j’aurai parié qu’elles chuteraient, en l’occurrence 50 euros. Mon profit s’élèvera à la différence entre les deux cours de l’action multiplié par le nombre d’options achetées. Ce type d’opérations présente l’autre avantage de ne pas peser sur l’évolution du cours de l’action, puisque l’opération ne devient effective qu’au moment où mon pari arrive à échéance.

Ce genre de transactions est rendu d’autant plus alléchant, qu’il est possible d’acheter les options à découvert. Autrement dit je ne suis pas obligé de posséder la somme totale que je veux mettre en jeu. Il me suffit de mettre au départ 20% du montant en garantie. Si par exemple je veux acheter 10000 options de vente, pas besoin d’avancer toute la somme : j’en paye effectivement 2000, je paierai les 8000 restantes au moment d’encaisser les fruits de mon pari.

Le recours à de tels procédés n’est pas sans risque. Si je me trompe dans mon pari, si au contraire le cours de l’action s’envole, je peux être amené à devoir (surtout si j’ai acheté à découvert), des sommes largement supérieures à ma mise de départ. Ceci explique au passage que les options de vente ne soient pas les produits les plus courus, loin de là, dans les salles de marché. En revanche, si j’ai la chance d’être initié, d’être certain que le cours de l’action va chuter, une opération de cette espèce cesse de présenter des risques, devenant au contraire la plus formidable des aubaines.

Nous voilà à la croisée des chemins. Armé qu’il est maintenant de la connaissance de ce que sont les délits d’initiés et la spéculation à la baisse, le lecteur est en mesure de comprendre tous les tenants et aboutissants de cette « zone d’ombre » que seraient les transactions financières inhabituelles observées la semaine précédant les attentats du 11 septembre 2001. J‘espère que par ricochet, mon but principal sera atteint : démontrer le caractère monstrueux des hypothèses conspirationnistes sur ce point particulier.

État des lieux sur les transactions financières dans la semaine précédant le 11 septembre 2001

De nombreux acteurs bien avertis ont d’abord pensé que les attentats du 11 septembre ont été l’occasion du plus grand des délits d’initiés de toute l’histoire, avec au coeur de la machination de massifs mouvements de spéculation à la baisse sur un certain nombre d’entreprises fortement impactées par les attentats.

Comme l’annonçait de façon prophétique Bernard Madoff à Amir Weitmann dans les minutes suivant l’impact du premier avion : “ce n’est pas un accident. C’est une attaque terroriste. Le marché va maintenant être fermé quelques jours et rouvrira en forte baisse…”.

Et de fait, lorsque la bourse, située à trois rues de là, rouvrit 4 jours plus tard, l’indice du Dow Jones affichait une baisse globale de 13,7%. Les entreprises concernées par les attentats étaient évidemment affectées dans des proportions dramatiques. Il y avait, en particulier, les compagnies aériennes des avions détournés par les terroristes, les compagnies occupant des étages dans les tours, enfin les compagnies du secteur de l’assurance liées au site. C’est en anticipant cette chute des cours, que de massives opérations de spéculation se seraient déroulées dans la semaine précédant les attentats du 11 septembre.

Je donne à présent, sous la forme d’une liste laconique, le détail de ces anomalies. Fidèle à mon credo, je veux enraciner mon raisonnement dans les faits les plus précis, en citant systématiquement mes sources. J’informe le lecteur que c’est exactement de ces informations que partent les truthers pour farcir leurs tomates conspirationnistes. J’aboutis évidemment à une conclusion très différente. Comme d’habitude en effet, sur ce point, les truthers ont toutes les peines du monde à demeurer rigoureux dans leurs observations. Ils ne peuvent s’empêcher de plaquer des images mentales et des préjugés sur les éléments de réalité qu’ils essayent de comprendre. Comme d’habitude, ils explorent le territoire avec la mauvaise carte.

Voici à présent la liste non exhaustive des transactions “suspectes” qui auraient été réalisées la semaine précédant le 11 septembre. J’ai choisi les plus « spectaculaires », celles qui sont, évidemment, mises en avant par des sites conspirationnistes comme reopen911.

Options de vente sur les compagnies aériennes.

Entre le 6 et le 7 septembre, à la bourse de Chicago, , 4744 options de vente ont été enregistrées sur les actions United Airlines, dont deux avions, le UA175 et le UA93 ont été détournés par les terroristes.Volume 25 fois supérieur à la normale. Lors de la réouverture de la bourse le cours de l’action avait chuté de plus de 40%.

Le 10 septembre, toujours à la bourse de Chicago, 4516 options de vente ont été enregistrées actions d’American Airlines. Volume 11 fois supérieur à la normale. Les vols AA77 et AA11 appartenaient à cette compagnie. Lors de la réouverture de la bourse le cours de l’action avait chuté de près de 40%.

Aucune autre compagnie aérienne n’a fait l’objet de spéculation d’ampleur comparable dans le même intervalle.

Options de vente sur des compagnies possédant des bureaux dans les tours

Le 8, 9, et 10 septembre, 2157 options de vente sont acquises sur des actions de la banque d’investissement Morgan Stanley, qui occupait 22 étages des tours jumelles. Volume 25 fois supérieur à la semaine précédente. Quand la bourse rouvre, l’action a chuté de 13%..

Le 8, 9, 10 septembre, 12215 options de vente sont achetées sur des actions Merryl Lynch, dont le siège était à proximité des tours jumelles. Volume 12 fois supérieur à la normale. Lors de la réouverture de la bourse, l’action a chuté de 11%.

Les 6 et 7 septembre, 5900 options de vente sur des actions de Bank of America, qui occupait 4 étages dans les tours. Volume 5 fois supérieur à la normale. Lors de la réouverture de la bourse, l’action a chuté de 6%.

Options de vente sur des compagnies d’assurance concernées par les destructions des attentats.

Le 6 et le 10 septembre, Citigroup, qui perdra plus de 500 millions de dollars suite à l’événement, voit acquérir des volumes d’options de vente sur ses actions 45 fois supérieurs à la normale. Lors de la réouverture de la bourse, l’action a chuté de 7%.

Le 10 septembre, 1209 options de vente ont été acquises sur des actions de March et Mc Lennan, groupe de services aux entreprises qui intervient principalement dans le domaine de la gestion des risques. Volume 13 fois supérieur à la moyenne des 13 jours précédents. Cette entité occupait par ailleurs 8 étages de la tour nord.

D’autres entreprises spécialisées dans la gestion des risques et l’assurance ont été l’objet d’options de vente, par exemple AXA, ou encore Munich Re.

Autres types de transactions inhabituelles

-On aurait relevé de très importants volumes d’achat de bons du trésor américains à moyen terme, qui constituent des valeurs refuges en tant de crise économique ou de guerre. Leur valeur a fortement augmenté après le 11 septembre et la guerre de libération de l’Afghanistan.

-Des sommes massives d’argent (jusqu’à 100 millions de dollars) auraient transité par des ordinateurs situés dans une des tours, entre le moment du crash et celui de l’effondrement. Les opérateurs de cette manœuvre auraient voulu profiter de la confusion et commettre le crime parfait, tous les indices devant être détruits dans les décombres. L’entreprise Convar, spécialisée dans le recouvrement des données informatiques sur des supports très abîmés, mandatée par des clients, a cependant pu récupérer les données contenues dans certains disques durs, et a d’abord déclaré avoir trouvé dans certains d’entre eux des indices de tels transferts d’argent.

Je ne peux évoquer ces deux autres faits qu’en passant. Le premier me semble un peu tiré par les cheveux, quant au second, Peter Henschel, dans une interview donnée à l’agence Reuters, est plus nuancé : « Il est évidemment possible que des raisons parfaitement légitimes expliquent la hausse inhabituelle du volume des transactions. » la société Convar a fini par se rétracter un an après avoir rendu publique cette “découverte”. Les experts auront donné leurs conclusions trop tôt, se seront aperçu d’une erreur dans leur reconstitution, et auront préféré, in fine, se dédire de leur première opinion. Cette histoire de 100 millions a tout l’air d’une rumeur, en fait.

Quelques réactions alarmistes du monde de la finance

Quelques journaux et personnalités en vue du monde de la finance ont relayé rapidement ces informations et fait part de leur étonnement.

John Kinnucan, directeur de Broadband Research : « J’ai vu des volumes d’options d’achat et de vente qui dépassaient tout ce que j’avais pu voir en dix ans d’observation des marchés. »

Encore plus catégorique, Dylan Ratigan de Bloomberg News assène : « il pourrait bien s’agir là du plus horrible et diabolique délit d’initiés de tout ce qu’on a pu voir au cours d’une vie. Ce serait l’une des coïncidences les plus extraordinaires de l’histoire de l’humanité si c’était une coïncidence ».

Dans une étude approfondie sur le sujet parue en 2007, le professeur de finances à l’université de Zürich Marc Chesnay déclarera, plus nuancé, mais tout aussi suspicieux : « la probabilité pour qu’il y ait eu délits d’initiés est forte (pour de nombreuses compagnies). Ce n’est pas une preuve juridique mais le résultat de méthodes statistiques montrant des signes d’irrégularités ».

Résultats de l’enquête de la SEC et du FBI

Le lecteur a vu dans les deux exemples des affaires Pechiney et Enron résumées plus haut, que les délits d’initiés étaient presque toujours le fait de personnes haut placées dans les entreprises concernées. Si délits d’initiés il y eut pour le 11 septembre, alors il y a extrêmement fort à parier que les responsables soient les organisateurs des attentats, à savoir, Ben Laden, Khaled Sheikh Mohamed, et leurs acolytes. La piste d’Al Qaida est en effet la première qu’explorèrent les enquêteurs.

Beaucoup furent donc surpris, lorsque deux ans plus tard, le FBI rendit les conclusions de son enquête. Son porte-parole annonçait en effet que, malgré le faisceau d’indices en apparence concourants, il n’y aurait « absolument aucune preuve » que les spéculateurs s’étant livrés à ces opérations aient eu la pré-connaissance des attentats. Les conclusions sont identiques du côté de la SEC dont le rapport d’enquête fut finalisé en mai 2002 et rendu partiellement public en avril 2010. « Les transactions financières peuvent être assimilées à une stratégie de trading ordinaire » (p 1 du rapport de la SEC). Le rapport de la commission d’enquête, qui reprend mot pour mot cette explication à la note 130 de la page 499 du rapport, notifie « qu’un investisseur institutionnel individuel sans le moindre lien avec Al Qaida a acheté 95 % des options de vente sur United Airlines le 6 septembre. » Les commissionnaires prennent soin toutefois de préciser que cet investisseur, dans la même période, a conclu l’achat de 115000 actions d’American le 10 ; tout cela dans le cadre d’une stratégie globale de trading.

la CIA, le vigile des marchés financiers

Comme la SEC, le FBI, et les les commissionnaires ne vont pas plus loin dans l’explication de ce point mineur de l’affaire, il ne me semble pas inutile d’éclairer le lecteur par une remarque de bon sens : en vérité Ben Laden et ses acolytes auraient été extrêmement mal inspirés d’essayer de se « refaire » sur les marchés en même temps qu’ils faisaient tomber les tours.

Les transactions financières anormales étant presque toujours l’indice d’une manœuvre importante en préparation, c’est une des fonctions cardinales de la CIA que d’avoir un œil sans cesse rivé sur les marchés. La fonction de surveillance était assumée, dans la période précédant les attentats, et jusqu’à la fin de sa mission, en 2004, par le directeur exécutif de la CIA, A.B. Krongard. Avant cela, l’homme avait été directeur de la banque d’investissement Alex Brown, et avait été aux manettes de la fusion de cette dernière avec la respectée Banker’s trust, cette dernière devant par la suite fusionner en 2000 avec la Deutsh Bank pour devenir la plus grande banque du monde. En plus d’un accès privilégié aux informations concernant l’évolution des marchés, A.B. Krongard, par son expérience connaissait parfaitement l’univers de la finance. C’est semble-t-il une tradition de la maison, puisque de très nombreux directeurs exécutifs ou généraux de la CIA ont occupé auparavant ou par la suite d’importantes fonctions dans des postes clés d’entreprises du monde de la finance. George H Bush, directeur de la CIA entre 1975 et 1976, est devenu par la suite consultant rémunéré pour le groupe Carlyle, classé au 11ème rang des plus grands investisseurs dans le secteur de la défense. John Deutsch, directeur de la CIA de 95 à 96, siège actuellement au conseil d’administration de Citigroup, deuxième banque de la nation. L’un des plus fameux d’entre eux, Bill Casey, directeur de campagne de Reagan en 1980, et directeur de la CIA sous le même de 81 à 87, a même présidé la SEC de 71 à 73.

Si Ben Laden et ses acolytes avaient tenté de faire de l’argent en bourse, grâce à leur bien compréhensible précognition des attentats, ils n’auraient manqué d’être repérés au moindre mouvement un peu bizarre. Le rapport de la Commission d’enquête, qui n’hésite jamais à brocarder l’impréparation et les insuffisances de la CIA, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, ne formule sur ce point aucune critique envers l’agence de renseignement. On doit donc être certain que la CIA a eu raison de n’avoir rien trouvé de suspect, dans les spéculations à la baisse dans la semaine précédant les attentats sur les entreprises dont j’ai dressé la liste.

Quelques objections des truthers

De nombreux aspects du dossier ont éveillé la méfiance de ces machines à douter que sont les cerveaux des conspirationnistes. Je présente les trois principaux d’entre eux sous la forme d’une objection type de truther, soulignée en italiques, que je fais suivre d’une réfutation rapide.

C’est tout de même étonnant que le rapport de la commission d’enquête ne consacre qu’une note de bas de page aux anomalies observées dans les transactions financières ! Malgré leur caractère il est vrai un peu lapidaire, les conclusions de la SEC et du FBI ne laissent aucune place à l’ambiguïté. Pourquoi les commissionnaires auraient ils éprouvé le besoin de remettre en cause les conclusions d’une agence qui s’était montrée si efficace dans la révélation des affaires Pechiney-Triangle et Enron ? Mon opinion, est que cette soi-disant « zone d’ombre » n’aurait tout simplement jamais dû être évoquée, et j’en viens presque à regretter, vu la polémique à laquelle elle a donné naissance, que les commissionnaires aient jugé utiles d’y faire un sort, fût-ce dans une note de bas de page.

Pourquoi le FBI et la SEC ne veulent ils pas révéler le nom des investisseurs responsables des transactions suspectes, et notamment celui de l’acheteur de 95% des options de vente d’American Airlines ? Il existe un mot dont beaucoup de truthers, apparemment, ignorent le sens : déontologie. C’est extrêmement grave de révéler l’identité des investisseurs agissant sur le marché, surtout s’ils ne sont coupables de rien. Les attentats du 11 septembre ont eu un impact si profond et durable sur les esprits que si le nom de ces investisseurs était rendu public il ne manquerait pas d’être associé immédiatement à cette infamie. Dès lors que les enquêteurs s’aperçurent que les investisseurs n’avaient aucune espèce de lien, de près ou de loin, avec Al Qaida, pourquoi auraient-ils révélé leur identité ?

Les réactions stupéfiées de personnalités du monde de la finance devrait tout de même constituer l’indice qu’il existe dans ces transactions quelque chose qui n’est pas naturel. Chacun sait, que lorsque nous sommes sous le coup d’une vive émotion, nous avons tendance à faire des déclarations enflammées dans lesquelles nous exagérons nos impressions. On a vu que la société Convar, qui avait cru d’abord avoir pu reconstituer des disques durs, se ravisa finalement après avoir fait sa révélation fracassante. On doit supposer également que les hommes dont j’ai cité les propos plus haut, sont depuis eux-aussi revenus à des opinions plus sensées. Du reste, j’ai bien l’impression que la communauté financière dans son ensemble n’a accordé pratiquement aucun intérêt à cette affaire. Très peu de gens depuis 9 ans se sont exprimés sur le sujet. Quand on compare avec le déluge de Unes et de commentaires dont l’affaire Enron, deux mois plus tard, a fait l’objet, on est encore plus convaincu que cette histoire de délits d’initiés, a tout de la légende urbaine.

Conclusion

Je conclurai cet article en me rangeant une nouvelle fois du côté de la SEC, du FBI, et de la commission d’enquête. Les transactions boursières inhabituelles ne pouvant être reliées d’aucune façon à Al Qaida, on doit s’orienter vers la piste de la coïncidence. Aucune des entités que je viens d’évoquer n’utilise ce mot, mais il me semble l’avoir lu en creux dans chacun des argumentaires dont elles se servent pour tuteurs. Je veux bien qu’un investisseur ait acheté 95% des options de vente sur les titres American Airlines, mais quid de toutes les autres dont j’ai donné la liste ? Une telle conjonction, de toute évidence, doit forcément être extrêmement rare.

Je ne connais pas grand chose à la finance, mais apparemment de telles coïncidences ne présentent statistiquement rien d’impossible. Un tel événement, comme le fait remarquer le professeur à l’université de Zürich Marc Chesney a une probabilité de se produire deux à quatre fois en dix ans. La semaine précédant les attentats a tout simplement été l’occasion pour cette probabilité infime de se produire. Potentielle, ne fallait il pas qu’elle devînt concrète tôt ou tard ? Chacun sait qu’il est extrêmement rare de faire un quintuple 6 avec un cornet de cinq dés. Un tel événement devient inéluctable si on lance les dés à des milliers de reprises.

Dans ce sens, j’estime qu’il n’y a pas de raison de s’indigner de ce que la SEC, en réponse à une demande formulée par David Callahan en décembre 2009, fasse part de ses regrets de ce que, sans doute en raison de l’insignifiance de l’affaire, toutes « les pièces d’archives qui auraient pu correspondre (à un délit d’initié) avaient été détruites ». En conséquence de quoi toute enquête sur cette « zone d’ombre », en l’absence d’éléments nouveaux, est désormais impossible. Voilà au moins un point sur lequel les truthers, qui vivent perdus dans le monde de leurs inférences, ne sont plus en mesure d’aller inutilement faire perdre leur temps à la police.

Donald Forestier

co-écrit avec Charles Aissani, sous le pseudonyme de Donald Forestier, publié sur le site Agoravox le  25 septembre 2010

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