J’accuse (3/12) : résumé du rapport de la commission d’enquête

Dans ce premier chapitre de la section « le 11 septembre à l’épreuve des faits », je propose un résumé du rapport de la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001. Le prochain sera consacré aux soi-disant délits d’initiés constatés dans la semaine précédant les attentats.

Nota Bene : Donald Forestier est un auteur fictif inventé pour imiter le style des apôtres de la version officielle des attentats du 11 septembre 2011 dans les grands médias.

Comme le lecteur s’en apercevra, s’il a la patience de me suivre jusqu’au bout de cette étude, ce chapitre sera celui dans lequel je cite le moins de sources diverses, une seule ou presque, en fait. Comme je me propose ici de présenter un résumé du rapport de la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre, lequel a donné la version officielle et définitive de cette horrible histoire, je n’ai pas ressenti la nécessité d’aller me renseigner ailleurs que dans ce fameux rapport, best seller aux Etats Unis lors de sa sortie.

 Ce chapitre sera sans doute le plus narratif de toute cette étude. En effet le rapport donnant pour l’essentiel un “récit” des événements, de la genèse du terroriste Ben Laden jusqu’à la journée funeste du 11 septembre, je n’ai eu, pour en résumer la teneur, qu’à coller à sa trame narrative. Comme il est évidemment impossible de résumer de façon exhaustive un ouvrage épais de plus de 500 pages, je me suis concentré sur les points qui à la lecture me sont apparus les plus essentiels : la genèse du terroriste Ben Laden, ses premiers faits d’armes, la préparation des attentats en Afghanistan puis aux États Unis, l’embarquement des terroristes, et la prise de contrôle des appareils. Il m’a semblé par ailleurs important, au risque de rompre le fil du récit, d’évoquer les graves dysfonctionnements des différentes agences de renseignement étasunienne, et des différents corps d’état avant et pendant les attentats. J’espère me hisser par moments à l’impressionnant niveau de qualité littéraire des rédacteurs de la commission d’enquête. C’est en effet l’une des particularités de ce texte : en plus de faire la lumière définitive sur les attentats du 11 septembre 2001, c’est un texte extrêmement bien écrit, dans lequel on rentre comme dans du beurre et qui ne se referme qu’après avoir atteint le point final.
La ligne directrice du rapport peut se résumer de façon assez simple : si les attentats du 11 septembre ont pu se produire, c’est en raison de la chance notable dont ont bénéficié à certains moments clés les terroristes, et de l’incroyable état de désorganisation des organismes chargés d’assurer la protection du territoire des États Unis d’Amérique. Le tout, vous allez vous en rendre compte, donne une version de l’histoire à la fois simple et efficace, tout le contraire de l’incroyable théorie du complot dans le détail de laquelle nous entrerons ensuite…
Comme je compte m’intéresser en détails au chapitre 6 aux conditions dans lesquelles a été mise en place cette commission d’enquête, et dans lesquelles elle a mené à bien sa tâche, je ne veux pas trop anticiper sur cet aspect de l’affaire. Je prie le lecteur pour l’instant de se contenter de ces quelques informations lapidaires : mise en place le 27 novembre 2002, la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre a rendu ses conclusions le 22 juillet 2004. C’était une commission d’enquête parlementaire, composée à parité de 6 républicains et de 6 démocrates. Elle était présidée par le gouverneur de l’état du New Jersey Thomas Kean et l’ancien membre de la Chambre des Représentants Lee Hamilton.

On pourrait la comparer, en France, à la structure qui a été mise en place en décembre 2005 pour comprendre les profonds dysfonctionnements de la justice lors de l’affaire d’Outreau, qui, à l’époque avait suscité une immense émotion dans l’opinion publique. Seul critère qui la distingue de son homologue française : “sa mission n’a jamais été de rechercher des responsabilités individuelles. Sa mission était de donner le compte rendu des événements s’étant produits le 11 septembre et d’en tirer les enseignements. (p XVI)”

Ce point parmi d’autres a suscité l’ire des truthers, conspis, et assimilés, mais s’explique par le bon sens le plus élémentaire : dans les faits l’enquête était achevée depuis longtemps ! George Tenet, le directeur de la CIA, avait désigné l’évident responsable, Al Qaida, le jour même des attentats à 15 heures, et 72 heures plus tard, le FBI révélait la photo des 19 pirates de l’air saoudiens, qui avaient laissé derrière eux d’innombrables indices révélateurs. Un mois plus tard, les Talibans qui les avaient soutenus et avaient fermé l’oeil sur les camps d’entraînements de Ben Laden étaient balayés en Afghanistan par l’armée des Etats Unis, qui obtinrent sans peine le blanc seing de l’ONU en arguant de leur droit légitime à se défendre.

“Une décennie de conflits en Afghanistan, de 79 à 89, a fourni aux terroristes islamistes un point de ralliement et un terrain d’entraînement” (p 54). Ben Laden a 23 ans quand il arrive en Afghanistan en 1980, c’est le 17ème enfant d’un magnat saoudien qui a fait fortune dans la construction. Majeur, il devient « étudiant à l’université Abdul Aziz en Arabie saoudite. Selon certains témoignages, il s’intéresse là bas aux études religieuses, inspiré par les enregistrements sur cassette des sermons enflammés d’un palestinien nommé Abdullah Azzam. »(id) Bouleversé par cette révélation, il décide de traduire ses pensées en actes et de partir en Afghanistan pour mener la guerre sainte contre les Soviétiques. Là, en compagnie de son acolyte Azzam, il monte une structure destinée à pourvoir aux besoins des combattants. Dès cette époque Ben Laden a compris l’intérêt de développer une structure intégrant tous les attributs d’un micro état, à savoir, les finances, la logistique, la politique, et la propagande. Rapidement il devient le chef incontesté de cette organisation (p 56).

Lorsque la guerre prend fin, en 1989, les deux hommes se posent la question du devenir de leur organisation. Azzam, palestinien, veut la rediriger contre Israël, mais Ben Laden voit plus large : il rêve d’une structure pouvant frapper dans le monde entier, et en particulier, le pays qu’il hait plus que tous les autres : les Etats Unis d’Amérique. Quoiqu’il en soit, les deux compères “établirent ce qu’ils appelaient la base d’une fondation comme un quartier général potentiel pour un futur Jihad. »(p 56). Al Qaida était née.

Passage par le Soudan

A la fin de cette année 1989, Ben Laden, à l’invitation du chef d’état du Soudan, l’islamiste Hassan Turabi, se rend au Soudan où il transplante son organisation. Turabi lui laisse les coudées franches pour monter des camps d’entraînement, en échange de son aide pour construire des infrastructures, et combattre les minorités chrétiennes au sud du pays (p 57). Dans les années qui suivent, les relations deviennent de plus en plus compliquées entre Ben Laden et l’Arabie saoudite. Ses positions antiaméricaines battent en brèche la “relation spéciale” très profonde qui unit son pays natal aux États Unis depuis la fondation du Royaume en 1918. En 1994, sa nationalité lui est retirée, et une partie de ses avoirs en Arabie Saoudite gelés (p 57).

Le séjour de Ben Laden au Soudan se prolonge jusqu’en 1996. A cette date, le régime de Hassan Turabi est très fragilisé par les sanctions économiques décidées par les puissances occidentales, Etats Unis d’Amérique en tête, qui s’inquiètent de la dérive du pays, et de la liberté dont y jouit Ben Laden. De plus en plus embarrassé par son encombrant allié, Turabi se résout finalement à l’expulser en avril de cette année, après que son implication eut été reconnue dans la tentative d’assassinat manquée contre le président égyptien Hosni Moubarak (p 62). Apatride, interdit de séjour dans son pays natal, c’est tout naturellement que ce dernier décide de retourner en Afghanistan, d’où il publie, en juillet, une fatwa pleine d’amertume dans laquelle il dit : “On nous a empêché de nous adresser aux musulmans… Par la grâce d’Allah, un endroit sûr est maintenant disponible dans le haut Hindu Kush” Entendons l’Afhanistan (p 63). 

Installation en Afghanistan

Sur place, Ben Laden reconstitue la structure de son organisation terroriste, notamment les fameux camps d’entraînement pour jihadistes. Entre 1996 et 2001, les auteurs du rapport estiment qu’entre 10000 et 20000 hommes (p 67) se sont entraînés dans ces structures spécialisées.
C’est dans ces années là que le tournant radical est définitivement pris. La fatwa envoyée à un journal arabophone de Londres en février 1998 donne le ton : “L’Amérique a déclaré la guerre à Dieu et à son messager, nous appelons au meurtre de tous les Américains, où qu’ils se trouvent sur la terre, ce devoir relevant de la responsabilité individuelle de tous les musulmans du monde à même de s’en acquitter dans tous les pays où cette tâche peut être accomplie.”

Les attentats des ambassades américaines de Nairobi et de Dar es Salam du 7 août 2008 sont le premier véritable fait d’armes d’Al Qaida (p 68). Entièrement pilotés par Ben Laden, ils présentent de nombreux indices de ce que nous reconnaîtrons au dernier chapitre de cette étude comme la signature de l’organisation terroriste. La bombe de Nairobi explose à 10h35 et tue 201 personnes dont 12 étasuniens, celle de Dar es Salam explose 4 minutes plus tard, faisant 11 victimes, toutes tanzaniennes. Pour justifier le grand nombre d’innocents tués, Ben Laden avance cette explication d’un cynisme qui fait froid dans le dos : “quand il devient évident que pour faire mal aux américains, il faut les prendre d’assaut, même si cela implique de tuer des musulmans, cela est légitimé par l’Islam.”(p 70).Le lecteur sait un peu mieux à présent qui est Ben Laden, d’où il vient, ce qu’il pense, où il va. Le rapport de la Commission d’enquête consacre un nombre impressionnant de pages à expliquer pourquoi ce sinistre individu n’a jamais été arrêté. (p 134 à 145).

Les attentats contre l’USS Cole, et le pétrolier français Limburg, en octobre 2000, furent l’ultime coup de semonce.
Ben Laden, avec un nouvel acolyte nommé Khaled Sheikh Mohamed, depuis quelque temps déjà, réfléchissait à un projet d’une envergure incomparable.

La préparation des attentats du 11 septembre 2001

Élaboration du plan

C’est vers la fin de l’année 1998 que les deux hommes se rencontrent. Khaled Sheikh Mohamed (KSM) est un ancien Moujahid qui a fait le coup de feu dans les années 80 pendant la guerre d’Afghanistan contre l’URSS. Il avait participé aux attentats du World Trade Center de 1993 (p 147 et 153), et réfléchissait depuis sur des projet d’attentats tous plus effrayants les uns que les autres. On songe notamment à ce brouillon des attentats du 11 septembre qu’était l’opération Bojinka, fomenté en 1996 : une opération dans laquelle des terroristes étaient censés s’emparer de 10 avions de ligne en partance d’Asie vers le côte est des États Unis pour les projeter sur des gratte-ciel et des lieux symboliques de la puissance américaine, notamment le QG du FBI et de la CIA (p 147).
Ben Laden avait de l’argent, KSM des idées : les deux hommes étaient faits pour s’entendre. Après les attentats contre les ambassades américaines, KSM se rend compte que Ben Laden est quelqu’un de sérieux, et les deux hommes, avec Mohamed Atef, le lieutenant principal de Ben Laden, commencent à réfléchir à la faisabilité du projet « avions », comme ils l’appelaient eux-mêmes. C’est en mars 1999 que Ben Laden donne, après moult réflexions, le feu vert à l’opération (p 154).
Quatre hommes sont rapidement sélectionnés par Ben Laden en personne : Mhidhar, Haznawi, Khallad, et Yemeni. Ils commencent à s’entraîner sur des simulations de pilotage, visionnent des films dans lesquels des avions sont détournés, étudient la sécurité des aéroports, se mettent en quête de visas et de passeports. Ils suivent par ailleurs un entraînement militaire extrêmement rude dans l’un des camps d’Afghanistan (p 156). Dès cette époque, les quatre hommes savent qu’il s’entraînent pour participer à une opération dont aucun d’entre eux ne reviendra vivant (p 158). 

La cellule de Hambourg

Le plan subit néanmoins une évolution majeure à la fin de l’année 1999. A Hambourg, quatre hommes depuis quelques années se sont radicalisés et rêvent d’aller participer au jihad quelque part dans le monde. Ils envisagent d’abord la Tchétchénie (p 165), mais la destination étant difficile d’accès, ils se rabattent sur l’Afghanistan, où ils rejoignent Ben Laden, à qui ils jurent fidélité (p 166). Celui-ci s’aperçoit vite du profit qu’il peut en tirer. Contrairement aux quatre premiers élus, les hommes de Hambourg parlent parfaitement anglais et peuvent se fondre aisément dans la société occidentale. Les quatre hommes sont vite choisis pour être le noyau dur de l’équipe du 11 septembre, Mohamed Atta en étant désigné le chef opérationnel (p 166).
Au printemps 2000, Ben Laden annule une partie du plan qui comprenait un volet asiatique, arguant de la difficulté à synchroniser une opération depuis des points de départ trop distants (p 159). Les cibles sont définitivement arrêtées : ce sera le Pentagone, le World Trade Center, la Maison Blanche et/ou le Capitole (p 155). Dans la foulée trois des quatre kamikazes s’envolent vers l’Allemagne, puis vers les États Unis.

Vers l’automne 2000, Ben Laden et KSM recrutent les hommes qui serviront à s’emparer des avions par la force, que les commissionnaires appellent les “pirates musclés”(p 231), pour les distinguer des quatre “pirates pilotes” que sont les hommes de la cellule de Hambourg. Ils ne sont pas très costauds (le plus grand d’entre eux mesure 1m73), mais ils compensent par de nombreuses heures passées à la salle de musculation. Ils apprennent le combat au corps à corps, et vont même jusqu’à s’entraîner à égorger des moutons et des chameaux au couteau (p 236). Tous sont saoudiens, sans emploi, peu éduqués, et non mariés. KSM expliquera l’écrasante proportion de Saoudiens dans l’équipe du 11 septembre comme un reflet de la population des camps, qui comptaient pas moins de 70% de ressortissants de ce pays en moyenne (p 232). 

Une dernière recrue providentielle

Des quatre pilotes initialement choisis par Ben Laden, trois seulement étaient parvenus à obtenir le visa étudiant indispensable à l’inscription dans les écoles d’aviation. Binalshibh ne parviendra pas à obtenir le sien, et, de ce moment, demeure en Europe pour servir de relais entre les terroristes et KSM. Heureusement, “une nouvelle recrue, au CV absolument idéal, au meilleur des moments, débarque sur le sol afghan.” Et en effet, Ben Laden n’aurait pu rêver meilleur candidat que Hani Hanjour : élève dans les écoles de pilotage en 1996 d’Arizona, c’était le seul des pirates de l’air à disposer déjà d’un brevet (p 226). Ses longs séjours aux Etats Unis l’avaient par ailleurs familiarisé avec le pays et sa langue. Remplaçant Binalshibh au pied levé, il obtient aisément un visa étudiant et rejoint aussitôt ses frères pilotes en Floride, où ils ont établi leur QG.
Les quatre hommes s’inscrivent dans des écoles de pilotage pour y apprendre les rudiments du vol ou y parfaire leur art. Dans la phase finale de leur préparation, ils s’entraîneront sur des simulateurs de boeings 757.
Un an plus tard, en avril 2001, les “pirates musclés” débarquent à leur tour (p 237). Ils sont accueillis par Mohamed Atta en Floride qui les aide pour toutes les formalités administratives et les démarches dont la plupart, parlant très mal l’anglais, sont absolument incapables. La plupart d’entre eux s’inscrivent notamment dans des salles de sport, où ceux-ci peuvent continuer à faire de la musculation, pour garder la forme (p 241).
En juillet 2001, Atta s’envole vers l’Espagne où il doit rencontrer Binashibh pour lui faire part de l’avancement de l’opération (p 244). Ben Laden, aux dires du second, est inquiet du retard que prendrait l’opération. Il espérait que celle-ci fût déclenchée dès le mois de mai (p 250). Atta explique à Binalshibh comment, eux pilotes, se sont répartis les rôles : à Hanjour, le plus chevronné des pilotes, la cible la plus difficile, le Pentagone, à Shehhi et Atta les tours jumelles, à Jarrah le Capitole. Atta évoque les hésitations qu’ils ont eu à attaquer une centrale nucléaire, pour faire des dizaines de milliers de morts, mais explique qu’ils ont finalement reculé, craignant que de tels bâtiments fussent trop bien gardés (p 245). Ils se sont assurés de toutes sortes de détails, de la sécurité des aéroports, de la facilité à embarquer avec eux des couteaux et des cutters. A ce moment là, la date des attentats n’est pas encore arrêtée. Après cette rencontre Atta et Binalshibh continuent de s’entretenir au téléphone pendant tout le mois d’août.

Les terroristes sont à présent dans la dernière ligne droite. La date est arrêtée, ce sera le 11 septembre 2001. Atta achète 20 billets d’avion sur les vols AA11, UA175, AA77, et UA93, entre le 25 août et le 5 septembre. Les terroristes rejoignent les uns après les autres leurs villes de départ. Atta multiplie les voyages entre les différents points de départ pour s’assurer que tout se présente sous des augures favorables. La nuit qui précède le 11 septembre, certains restent au calme, d’autres vont manger des pizzas et vont faire des courses (p253).

Le déroulement des attentats du 11 septembre

 L’embarquement des terroristes

Les membres de la commission ont beau faire remarquer en plusieurs endroits du rapport que la sécurité des aéroports était défaillante et désorganisée avant les attentats du 11 septembre, il existait cependant un certain nombre de filtres à franchir entre l’entrée de l’aéroport et les couloirs d’embarquement.
Il y avait pour commencer, lors de l’enregistrement, le CAPPS (Computer Assisted Passenger Prescreening System), un système qui avait été créé dans les années 90 “pour identifier les passagers pouvant faire l’objet de mesures de sécurité” (p 1). Entendons naturellement “des terroristes potentiels”.
A chaque fois qu’un suspect était identifié par le CAPPS, des agents de sécurité mettaient ses bagages de côté pour les passer, sans les ouvrir, au détecteur d’explosifs. Les terroristes, ayant prévu de prendre le contrôle des avions par la force, et non d’introduire des explosifs dans la soute, n’avaient rien à redouter de ce filtre.

Il est cependant à noter que 8 des pirates de l’air furent ce matin du 11 septembre identifiés par le CAPPS : aussi curieuse que l’idée puisse paraître pour des gens qui se destinaient à rejoindre leur créateur, ils avaient emporté des bagages avec eux dans la soute.Lors de l’embarquement, les pirates devaient franchir des portails magnétiques détecteurs de métaux. Barrière autrement plus dangereuse puisqu’ils avaient forcément sur eux les couteaux et cutters censés leur permettre de prendre le contrôle des appareils. Ces portails, nuancent les membres de la commission, « n’étaient pas très efficaces, et échouaient souvent à détecter même des objets évidents passés par la FAA (Federal Aviation Administration), en guise de test »(p 84).

Quoiqu’il en soit, certains des pirates de l’air font bel et bien sonner les portails magnétiques. Sur le vol AA77 (du Pentagone), sur lequel les commissionnaires donnent le plus de détails, deux pirates déclenchent l’alarme. Lorsqu’on les fait repasser par un autre portail, pour vérifier, l’un des deux déclenche l’alarme de nouveau. Il est alors fouillé manuellement, sans résultat (p 3).

Il semble bien par ailleurs que les agents de sécurité aient senti que certains des membres du commando étaient un peu louches : pour le vol AA77, les frères Hazmi sont interrogés à part aussitôt après l’enregistrement et leurs bagages passés au détecteur d’explosifs ; l’un d’entre eux ne parle pas un mot d’anglais, et présente une photo d’identité douteuse. Tous deux ont en outre un air et une attitude suspecte. Pour le vol UA 175 (de la tour nord), deux des pirates, apparemment peu habitués à voyager, et incapables de comprendre les questions qui leur sont posées, attirent l’attention des douaniers qui les laissent finalement passer (p 2).Si l’on fait le bilan de la phase d’embarquement, on est obligé d’admettre que les terroristes ont eu beaucoup de chance. Le CAPPS aurait pu imposer de faire une fouille plus approfondie des bagages des suspects. Si les agents avaient ouvert la valise de Mohamed Atta, au lieu de se contenter d’un passage au détecteur d’explosifs, ils y auraient trouvé « un Coran, un manuel vidéo de pilotage sur boeing 757, et un grand couteau à lame repliable. »Avec de tels indices, nul doute que jamais l’on n’aurait laissé Atta embarquer dans le vol AA11, celui qui devait percuter la première tour jumelle [1]. Plus généralement, tous ceux qui ont été jugés “suspects” ont pu in fine embarquer, qu’ils aient été trouvés louches et interrogés à part en conséquence, ou qu’ils aient fait sonner l’alarme lors de leur passage à travers un portail magnétique.

C’est une chance par ailleurs, que, selon toute apparence, les agents du CAPPS, ceux des portails, et ceux qui décidèrent à un moment ou à un autre d’interroger un ou plusieurs pirates de l’air, n’aient à aucun moment songer à partager leurs doutes entre eux.
On imagine sans peine dans quelles affres devaient se trouver les pirates lors de chacun de ces accrocs. La sueur coulant le long de leur échine, leur bouche se faisant sèche, leur coeur battant la chamade. De quels monologues intérieurs leur esprit alors a dû être le théâtre ! « Echouer si près du but… ce serait trop bête !… Un plan aussi magnifique !… fignolé dans les moindres détails… et ces mois passés dans les camps d’entraînement, dans les salles de musculation, ou dans les écoles de pilotage…non, ce n’est pas possible, il faut que ça passe !…. »
En se rendant compte, une fois l’embarquement de l’avion achevé, que personne ne manquait à l’appel, chacun des membres des 4 commandos a dû pousser un immense « ouf » de soulagement.

La prise de contrôle de l’avion par les terroristes

C’est grâce aux coups de téléphone portable envoyés par les passagers à leurs proches et aux autorités, et aux propos des terroristes entendus par les contrôleurs de la FAA sur la liaison radio, que le scénario de la prise de contrôle des 4 avions a pu être reconstitué. Les boîtes noires n’ont fourni d’indices que pour les vols du Pentagone de Shanksville (le AA77 et le UA93), celles des vols des tours jumelles (AA11 et UA 175) n’ayant jamais été retrouvées dans les décombres.Autant les pirates ont été un peu brouillons dans la phase d’embarquement, autant pour la prise de contrôle le mode opératoire est parfaitement maîtrisé. Le scénario étant sensiblement le même pour les quatre avions, je ramasse mon récit en une seule trame que je nuancerai au besoin.

Les pirates de l’air ont eu la bonne idée d’acheter des billets en première classe et en classe affaire, dans la zone la plus proche du cockpit. Cela leur permet d’être aux premières loges pour ce qu’ils ont à faire.
Les quatre commandos passent à l’action au même moment, environ une demi heure après le décollage. L’avion a alors atteint son altitude de croisière, 9000 mètres, le voyant rouge « gardez votre ceinture attachée » s’est éteint, et le personnel de bord commence le service de restauration. C’est alors que les hommes de main se ruent à l’avant de l’appareil, poignardent les stewards et hôtesses, répandent dans les travées une sorte de gaz lacrymogène, le « mace », pour repousser les passagers à l’arrière de l’appareil, s’emparent de la clé du cockpit en leur possession, pénètrent dans l’habitacle, et éliminent les pilotes ; dans chacun des quatre avions, le terroriste spécialiste du pilotage s’installe aux commandes de l’appareil, éteint rapidement le transpondeur de l’avion pour le rendre invisible sur les écrans radars de la FAA, et change de direction vers l’objectif qui lui a été assigné. Pour calmer les ardeurs des derniers passagers récalcitrants, le pirate pilote avertit tout le monde qu’il y une bombe à bord et invite à se tenir tranquille.

A 8h46, le vol AA11 s’écrase sur la tour sud ; à 9h03 le vol UA175, s’écrase sur la tour nord. A 9h37, le vol AA77 s’écrase sur le Pentagone. A 10h03, le vol UA93 s’écrase dans une plaine près de Shanksville. Tous les passagers et terroristes sont tués sur le coup. 

L’exception du vol 93

Seul le vol 93 présente un scénario différent. De tous les avions c’était celui qui était censé décoller le plus tard, et il décolle de surcroît avec un retard de 20 minutes. Par ailleurs, des quatre commandos, c’est le seul à ne comporter que quatre pirates, contre 5 dans les autres, Mohamed el-Khatami, l’homme qui devait probablement prendre la tête du commando ayant été arrêté en août à l’aéroport d’Orlando par un inspecteur de l’immigration méfiant (p 11). Le rapport de la commission d’enquête ne mentionne pas non plus l’utilisation de mace. Sans doute un peu moins en confiance, les pirates de l’air n’entrent en action que 45 minutes après le décollage. A ce moment là, il est dans les 9h30, les passagers ont été informés (toujours les téléphones portables), du sort affreux des deux premiers avions. Contrairement à leurs infortunés compagnons des deux premiers vols, ils savent qu’ils vont mourir s’ils ne tentent rien. C’est alors que les plus déterminés des trente sept passagers que compte le vol décident de tenter le tout pour le tout : reprendre le contrôle de l’appareil. A 9h57, ils lancent l’assaut de la première classe, se servant d’un caddie repas comme bélier. Les terroristes sont surpris. Al Jarrah se met alors à faire des embardées à gauche et à droite avec l’avion, piquant puis redressant. Comme ses manœuvres ne parviennent pas à décrocher les passagers, les pirates de l’air décident finalement de sombrer en piqué en rase campagne. Comme le soulignent avec émotion les auteurs du rapport : “La nation a contracté une dette immense envers les passagers du vol 93. Leur action a sauvé d’innombrables vies, et pourraient bien avoir sauvé le Capitole ou la Maison Blanche de la destruction.”(p 45) Hollywood leur rendra hommage 2006 dans un film saisissant de réalisme.
La seule erreur commise lors de cette ultime phase de l’opération « avions » doit être attribuée au commando du vol AA77. Hanjour, le pilote, désireux sans doute d’en remontrer à l’instructeur qui lui avait dit que ses aptitudes à voler étaient « en-dessous des standards » (p 221), décida, parvenu en vue du Pentagone, de faire une incroyable manœuvre à 330 degrés au-dessus du bâtiment avant de s’y encastrer (p 9). Chacun sait jusqu’à quelles extrémités peut aller un homme dont l’orgueil a été bafoué. Si Hanjour avait fait un tout droit, le pirates auraient heurté la partie du pentagone où se trouvaient les plus hauts gradés, dont le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld. A défaut de quoi ils ont percuté la seule partie du pentagone qui se trouvait en réfection à ce moment-là.
Dans leurs malheurs, Les autorités étasuniennes ont tout de même eu de la chance : cela devait être compliqué de passer un coup de téléphone avec un mobile depuis un avion en haute altitude. Par ailleurs, c’est une chance que les pirates de l’air aient oublié de couper leur liaison radio avec les aéroports. L’un dans l’autre, à défaut de permettre d’enrayer l’événement, cela permit rapidement à l’enquête de progresser dans les jours suivant les attentats.

Dysfonctionnements de l’appareil d’état 

Je quitte à présent le récit des attentats pour évoquer quelques uns des dysfonctionnements de l’appareil d’état étasunien relevés par les commissionnaires. Nous entrons dans ce qui relève du domaine de leur compétence. Qu’est ce qui n’a pas fonctionné ? Comment a-t-on pu en arriver là ? A quel niveau peut-on observer les dysfonctionnements les plus graves ? Comme il n’est pas une agence ni un corps d’état qui n’ait failli d’une façon ou d’une autre d’un bout à l’autre de cette histoire, j’ai voulu aller à essentiel en essayant d’expliquer deux des défaillances les plus importantes des autorités étasuniennes, à savoir l’incapacité à anticiper les attentats, et l’incapacité à intercepter les avions après leur détournement.

Incapacité des autorités à anticiper les attentats

J’ai avancé en préambule que les terroristes avaient été grandement favorisés dans leurs desseins par les graves et nombreux dysfonctionnements des différentes agences de renseignement et corps d’état responsables de la sécurité du territoire des Etats Unis. Un survol lapidaire et partiel de la situation en donnera une idée tout à fait suffisante.
Le FAA, l’agence régulatrice du trafic aérien civile aux Etats Unis, qui établissait les règles de sécurité dans les aéroports était focalisée sur les explosifs placés en soute, comme nous l’avons vu (p 83). C’est ainsi en effet que s’étaient désintégrés en plein vol le bœing 747 de la Panam au-dessus de Lockerbie en décembre 1988, et le vol 772 d’UTA en septembre 1989, faisant respectivement 170 et 270 morts. La FAA n’imaginait absolument pas que des avions pussent être détournés et être utilisés comme missiles. Elle n’avait pas de consignes particulière pour les couteaux et objets contondants emportés en vol qu’il jugeaient sans danger. Du reste les scanners magnétiques, la plupart du temps, étaient trop faibles pour les repérer. Les fouilles corporelles étaient rares dans les aéroports, et souvent laxistes comme le reconnaît elle même cette agence (voir l’exemple du vol UA175 p 3).
La NSA (National Security Agency), agence chargée d’intercepter les messages depuis l’étranger et de briser les messages codés (p 86), était encore figée dans des réflexes de la guerre froide, avec l’ogre soviétique en obsédant point de mire. Du reste elle avait été conçue pour intercepter des messages depuis l’étranger, et non pas des communications internes au territoire (p 87), qui furent nombreuses, on l’imagine sans peine, entre les terroristes lors de la préparation des attentats.
La CIA, l’agence chargée des opérations extérieures, avait à la fin de la guerre froide subi des coupes massives dans ses budgets, et demeurait obnubilée par le traditionnel ennemi soviétique. Par ailleurs des affaires avaient éclaboussé sa réputation et sa confiance en elle : la lamentable opération de la baie des cochons en 1961 (p 89), son implication dans le scandale du Watergate en 1974 (p 89), l’affaire des ventes d’armes à l’Iran révélée en 1986 (p 99), et surtout, son infiltration par l’agent du KGB Aldrich Ames au début des années 90 (p 91). La CIA, le 11 septembre 2001, n’était plus que l’ombre d’elle même.

Le FBI, l’agence chargé des opérations intérieures, demeurait obsédée par de vieilles lubies : la lutte contre le trafic de drogues et le crime organisé (p 76). Le contre terrorisme était le cadet de ses soucis. De toutes façons l’agence ne disposait pas des fonds nécessaires pour lutter efficacement contre la menace (p 74). Les agents avaient peu de sources sur le terrain et étaient mal entraînés (p 77). Ils manquaient de traducteurs pour tous les documents en arabe ou dans les langues parlées par les terroristes.(id)Ironie de l’histoire, l’attentat du World Trade Center de 1993, qui aurait du donner le signal du branle-bas, fut un vain coup de semonce. L’homme qui avait garé la camionnette bourrée d’explosifs dans le garage de la tour visée, eut en effet la stupidité de retourner au magasin où il l’avait louée, pour tenter de récupérer sa caution de 400 dollars en prétextant un vol. Cette erreur lamentable entraîna son arrestation immédiate, en même temps que la révélation des détails du complot, ce qui convainquit à l’époque les Étasuniens, à la fois qu’ils étaient bien défendus, et que les terroristes étaient d’aimables plaisantins (p 72).[2]

Les commissionnaires se montrent particulièrement sévères dans le jugement qu’ils portent sur l’incapacité des agences de renseignement et corps d’état à prévoir le scénario des attentats. “L’imagination, ironisent-ils, n’est pas la faculté la plus reconnue des administrations.(…) En effet, “puisque Al Qaida et d’autres groupes s’étaient déjà servis de véhicules pour commettre des attentats suicides, avaient utilisé des camions piégés, l’idée qu’ils pussent se servir d’autres vecteurs comme des bateaux ou des avions n’était en rien tirée par les cheveux”(p 344). Cependant, nuancent-ils, “il ne faut pas perdre de vue que l’attaque du 11 septembre fut un événement hors normes à tous points de vue.” (p339) Il y avait eu des précédents, certes, l’attaque surprise de Pearl Harbor, par exemple, ou l’invasion de la Corée par la Chine, mais ç’avait été des attaques fomentées par des puissances étrangères : qui aurait pu imaginer qu’un groupe de quelques dizaines de personnes pussent mettre sur pied une agression d’une telle envergure (id) ?

 Incapacité à intercepter les avions après leur détournement

« Le 11 septembre 2001, la défense de l’espace aérien étasunien dépendait de l’interaction étroite entre deux agences gouvernementales : la FAA et le NORAD »(p14) « La FAA et le NORAD (North American Aerospace Defense Command) avaient développé des protocoles pour travailler ensemble dans l’éventualité d’un détournement d’avion. Tels qu’ils existaient le 11 septembre, les protocoles auxquels devaient se conformer la FAA pour obtenir une assistance militaire de la part du NORAD impliquait de multiples niveaux de transmission et l’approbation des plus hauts niveau de commandement au sommet de l’état. »(p 17)
La chaîne de transmission est particulièrement complexe : en cas de soupçon d’anomalie grave, la procédure est immuable : le contrôleur de la FAA doit appeler le centre régional dont il dépend. Le centre régional doit ensuite appeler le poste de commandement de la FAA en Virginie. Celui-ci doit ensuite appeler le coordinateur en charge des détournements au quartier général de la FAA à Washington. Puis celui-ci doit joindre le Centre National de Commandement Militaire (NMCC) situé au Pentagone. Puis le NMCC doit joindre le bureau du secrétaire à la défense. L’ordre peut être donné ou non d’intercepter le point suspect, en remontant la chaîne de commandement du NORAD.
Le 11 septembre, ce complexe système de protection, c’est le moins qu’on puisse dire, a connu des ratés considérables, qui ont grandement facilité les desseins des terroristes. Il est impossible de comprendre ce point de l’affaire si l’on n’envisage pas successivement chacun des quatre vols. 

Le vol AA11

C’est à 8h14, lorsque le contact radio est coupé et que son transpondeur s’éteint, que les contrôleurs de la FAA du centre de Boston se rendent compte que quelque chose cloche à bord du vol AA11. Cependant, quoique “la perte du signal du transpondeur puisse constituer un événement rare et inquiétant”(p 18), à ce moment là ni l’aiguilleur du ciel de Boston ni son chef d’équipe ne pensent à un détournement d’avion. Plutôt que de contacter d’emblée les militaires, la FAA tente d’abord simplement de “dévier tout autre appareil de la route qu’il a prise.” A 8h25, le contrôleur entend une déclaration éructée par Atta depuis le vol AA11, dans laquelle il dit “Nous avons plusieurs avions !” Malheureusement, la communication est brouillée et confuse, et les contrôleurs mettront 40 minutes à se rendre compte qu’ils disposent là d’une information cruciale pour comprendre la situation à laquelle ils sont confrontés, à savoir des détournements multiples d’avions de ligne. Je rappelle que c’est par erreur que cette phrase est passée puisque les terroristes n’avaient pas coupé le lien radio avec le centre de Boston.
Boston contacte le poste de commandement de la FAA 4 minutes plus tard. 4 minutes passent encore, le poste appelle le QG de la FAA. Ensuite, précipitation, incompétence, ou fatigue, le QG n’appelle pas le NMCC comme il aurait dû le faire, mais directement (court-circuitant de ce fait le secrétariat à la défense) les militaires du NEADS à qui il annonce : “Nous avons un avion détourné par des pirates de l’air qui se dirige vers New York, et nous avons besoin qu’on envoie de toute urgence des F16 ou quelque chose du même genre.”(p 20) Sans doute surpris par cette entorse au règlement, l’officier opérations du NEADS, le colonel Marr, tergiverse un peu. Il ordonne à des chasseurs F15 de la base d’Otis de “prendre les dispositions de combat”, puis appelle en Floride le général de division aérienne Larry Arnold (id), commandant en chef de la région continentale du NORAD pour demander l’autorisation d’intervention. Pour ne pas perdre de temps, le général lui intime de faire décoller dans la minute les chasseurs, se réservant de contacter les autorités ensuite. L’ordre d’interception est ainsi donné à 8h46, soit une trentaine de secondes avant que le vol AA11 ne frappe la tour nord.

Le vol UA175

Les militaires sont également prévenus trop tard pour le vol UA175. Coïncidence, le contrôleur qui est en charge de ce vol se trouve être aussi celui qui suit le vol AA11. Il est encore concentré sur ce dernier qu’il cherche à localiser alors qu’il vient de s’écraser. Incompétence ou concours de circonstances. Du reste le transpondeur de l’avion n’a pas été coupé, mais le code de son signal a été changé, ce qui vient ajouter à la confusion (p 21). Le rapport dit certes à la page 19 que la FAA avait choisi après le détournement du vol AA11 de désigner un autre contrôleur pour l’aider, mais cette aide est certainement venue trop tard. Le contrôleur s’aperçoit du détournement effectif à 8h55 ; il n’a pas alors la bonne quoique trop tardive idée d’enfreindre le règlement comme cela a été fait pour le vol AA11 : il appelle le bureau régional : ceux ci tiennent une réunion sur le détournement de l’avion et refusent d’être dérangés (p 22). A 9h01 un directeur de New York est enfin joint mais celui-ci dans la foulée ne parvient pas à joindre le NMCC. La téléconférence entre le NMCC, le NORAD et la FAA qui se met en place dans ce genre de cas n’a pu être mise en place que vers 9h20, soit beaucoup trop tard. La malchance a voulu, comme on le sait par un témoignage référencé à la note 190 de la page 463, que le général de brigade Montague Winfield, à qui incombait la responsabilité de gérer cette situation de crise, se soit fait remplacer à 8h30, laissant à son adjoint le capitaine Charles Leidig, nommé à ce poste seulement deux mois auparavant, et donc absolument dépourvu d’expérience, le soin d’organiser la téléconférence.

 Le vol AA77

A 8h56, lorsque le contrôleur aérien d’Indianapolis se rend compte que le vol AA77 a coupé son transpondeur, et que l’avion disparaît de l’écran radar, il en déduit que “le vol AA 77 a subi une panne électrique ou mécanique”, à la suite de laquelle il s’est écrasé (p 24). En effet, “il ne sait pas que d’autres avions ont été détournés”(p 24). Ce n’est qu’à 9h20 qu’Indianapolis apprend que “d’autres avions de ligne ont été détournés et commence à douter que l’avion se soit écrasé, comme ils l’avaient tout d’abord supposé.”(p 24). Indianapolis fait alors part au centre de la FAA, à 9h25, de sa crainte que “le vol AA77 ait été détourné”. Malheureusement, bien que le PC et le QG de la FAA sachent que deux avions de ligne se soient écrasés contre le WTC et que le vol AA77 est perdu” (p 26), pour des raisons inconnues, personne n’appelle le NMCC. Par ailleurs, “pour des problèmes d’ordre technique”, les contrôleurs, avant même que l’avion n’éteigne son transpondeur, avaient perdu sa trace et n’ont donc pas pu s’apercevoir de son soudain changement de trajectoire vers Washington. Ils sont déboussolés et cherchent où l’avion ne pouvait plus se trouver, à savoir vers l’ouest et au sud-ouest. C’est ce qui explique que “le vol AA77 a pu voler sans être détecté, sans doute vers l’Est en direction de Washington.”(p 25).

Une erreur d’un contrôleur de la FAA de Boston va rendre l’imbroglio plus complexe encore. A 9h21 il appelle le NEADS : “on vient de me signaler que le vol AA11 (celui qui s’était écrasé sur le WTC) est toujours en l’air et qu’il est en route vers Washington.”(p 26). Ainsi en plus du vol AA77 qui avait disparu, le NEADS avait un avion fantôme de plus à redouter ! Notons que cet appel intervient 30 minutes après le crach du vol AA11 sur la tour sud. Sur ce point curieux la commission confesse qu’elle “n’a pas été en mesure d’identifier la source de cette fausse information de la FAA.”(p 26). C’est un comble par ailleurs, en cette journée où les communications étaient si compliquées entre la FAA et le NORAD, que ce soit précisément cette information qui soit passée et ait été prise en compte, déclenchant pour rien et vers nulle part, le décollage d’avions de chasse depuis la base de Langley à 9h23. Le NEADS apprendra (trop tard) la disparition du vol AA77 à 9h34, à l’occasion d’un coup de téléphone passé par le NEADS à un directeur de la FAA au centre de Washington. Demandant plus de renseignements au sujet du vol AA11 il entend lâcher au cours d’une phrase : “ Nous cherchons (…) nous avons aussi perdu l’AA77”(p 27). La commission d’enquête conclut “Si le NEADS n’avait pas passé ce coup de téléphone, la défense aérienne du NEADS n’aurait jamais rien su de ce vol, même pas qu’il était porté manquant.” De toutes façons ce renseignement lâché au débotté et apparemment sans trop y penser ne servit à rien. En effet : “personne au QG de la FAA ne demanda d’assistance militaire pour l’AA77.”(p 27)

 le vol UA93

Le contrôleur aérien du centre de la FAA de Cleveland reçoit la dernière transmission normale du vol UA93 à 9h27. Moins d’une minute plus tard il entend des “sons indistincts qui ressemblent à des cris”(p 28). A 9h32 il entend quelqu’un qui ordonne “Restez assis, nous avons une bombe à bord”. A 9h34, l’information sur le détournement parvient au QG de la FAA (p 28). Respectant la chaîne de transmission évoquée plus haut, le centre de Cleveland, à 9h36, appelle le PC de Herndon pour savoir si les militaires ont pris la décision d’intercepter le vol. Malheureusement, “le PC répond à Cleveland que c’est aux gens haut placés de la FAA placés beaucoup plus haut dans la hiérarchie de demander l’appui de l’armée de l’air, et qu’ils sont en train de travailler sur le sujet.” Après 10 autres minutes, à 9h46, le PC annonce au QG que le vol UA93 est à “29 minutes de Washington”(p 29). Trois minutes plus tard, à 9h49, “13 minutes après que le centre de Cleveland a appelé pour demander s’il fallait appeler les militaires à l’aide”, la conversation suivante est rapportée par les commissionnaires.

PC : Euh… Est-ce qu’on envisage , euh de faire décoller les jets ?
QG : Mon Dieu je n’en sais rien.
PC : Euh… Il va bien falloir que quelqu’un se décide…. et sans doute dans les dix minutes qui viennent.
QG : Euh… Tu sais, tout le monde vient de quitter la salle de situation.”(p 29)
Plongés dans l’indécision, les deux hommes n’appelleront finalement jamais les militaires, qui ainsi resteront jusqu’au crach de l’avion dans l’ignorance de son détournement : “Les responsables du NEADS chargés de la surveillance aérienne n’ont jamais pu localiser le vol, ni même le suivre sur leurs écrans radars. L’avion s’était déjà écrasé au moment où ils apprirent qu’il était détourné.” Le fait est répété à trois reprises aux pages 34, 38, et 44.

La téléconférence inter-organismes aurait pu faciliter la circulation d’une information aussi cruciale, malheureusement, “le représentant du NMCC qui y a participé nous précise que la conférence n’était diffusée que par intermittence, car l’information arrivait par à coups, n’apportait pas grand chose et (…) d’autres tâches importantes s’imposaient.”(p 36). la FAA, dont on a vu qu’elle n’a pas appelé les militaires pour leur faire part du détournement du vol UA93, était par ailleurs, pour des raisons inconnues, injoignable : “Les opérateurs s’activent fébrilement pour inclure la FAA, mais ils se heurtent à des difficultés techniques et ont du mal à trouver des lignes téléphoniques sécurisées.”(p 37). Ainsi, “à 10h03, lorsque le vol UA93 s’écrase en Pennsylvanie, il n’a pas été fait mention de son détournement, et la FAA n’avait pas encore rejoint la téléconférence” (p 38).Du compte rendu de ce qui s’est passé pour les quatre vols, une conclusion évidente s’impose : “L’aptitude de la FAA à renseigner les militaires à temps et utilement est surévaluée ce matin-là.”(p 34).

Voilà pour les dysfonctionnements essentiels relevés par les commissionnaires.

Recommandations de la commission d’enquête 

Les critiques parfois très dures sur les dysfonctionnements de l’appareil d’état étasunien observés avant et après le 11 septembre amènent pour finir les commissionnaires à émettre une série de recommandations visant à ce que jamais plus un tel événement ne se reproduise (p 361 à 429). Comme ce n’est pas le sujet de cette étude, je ne veux pas entrer dans leur détail. Qu’il me suffise de faire observer qu’aucun attentat ne s’est produit depuis plus de neuf ans aux Etats Unis. Les recommandations ont apparemment été appliquées et tout est rentré dans l’ordre. La résolution rapide de l’attentat manqué de Time square, à New York, du 1er mai 2010, donne, me semble-t-il, une excellente illustration de cette harmonie retrouvée.

L’harmonie retrouvée au sein de l’appareil d’état

A la veille de pénétrer dans le véritable corps de cette étude, le lecteur a intégré dans les grandes lignes en quoi consiste la “version officielle” des attentats du 11 septembre. Cette version des événements se veut comme le soulignent son président et son co-président, Thomas Kean et Lee Hamilton, “indépendante, impartiale, minutieuse et non partisane”.
Souhaitant rendre hommage au travail accompli par les commissionnaires, je veux clore ce chapitre en citant quelques remerciements appuyés que Thomas Kean et Lee Hamilton adressent aux différents personnages et corps de gouvernement, qui ont permis qu’une lumière définitive, soit faite sur le plus fondateur de tous les événements de notre jeune siècle. Ils témoignent excellemment de cette « harmonie retrouvée » que je viens d’évoquer à l’instant.
A leurs camarades membres de la commission : “nous voulons commencer par remercier nos collègues commissionnaires, dont le dévouement dans cette tâche à été sans failles. Nous avons réfléchi ensemble sur chaque page, et le rapport a profité de ce dialogue remarquable. Nous voudrions marquer notre respect profond pour le jugement et l’intellect de nos collègues, de même que l’immense affection que nous avons pour eux.” (p XVI) ; à l’équipe d’enquêteurs qui les a assistés, dirigés par Philip Zelikow, auquel nous aurons l’occasion de rendre hommage dans la seconde section, équipe qui a “consacré d’innombrables heures à mettre la dernière main à ce rapport, sans oublier d’autres efforts importants pour mener à bien cette mission des plus prenantes…. Ils nous ont donné de judicieux conseils, et fidèlement rapporté notre avis. Ils ont été extraordinaires…” ; au président Bush et au vice président Cheney, qui ont su se rendre disponibles malgré la charge écrasante de travail qu’on imagine être la leur (p XVII) ; au FBI et à la CIA : “Nous avons une dette immense envers le travail d’investigation qu’ils ont effectué, leur attention minutieuse au moindre détail, et leur promptitude à partager les informations dont ils disposaient.”(p XVII). Enfin, les membres de la commission d’enquête ont un mot pour les familles de victimes : “Nous remercions les familles des victimes, dont la ténacité et le dévouement ont permis la mise en place de cette commission d’enquête ; ils ont été à nos côtés à chaque pas que nous avons accompli sur ce chemin, autant comme témoins que comme associés. Il savent mieux qu’aucun d’entre nous le travail formidable que nous avons entrepris.”(p XVII).
C’est beau de se rendre compte que quelques uns des organismes qui ont si complètement échoué à harmoniser leurs efforts lors de cette matinée fatidique du 11 septembre 2001 aient su profiter de cet événement qu’a constitué la mise en place d’une commission d’enquête pour se mettre autour d’une table, renouer des liens distendus depuis de longues années, libérer la parole en un mot, et mettre enfin en place les procédures communes propres à garantir qu’à l’avenir jamais imbroglio aussi fatal ne se reproduira.
C’est non sans émotion que je conclus ce premier chapitre par une ultime citation du rapport de la commission d’enquête Kean et Hamilton, dans laquelle j’ose inclure les peuples de la vieille Europe : “Nous espérons que les terribles pertes humaines évoquées dans ce rapport déboucheront sur quelque chose de positif : une Amérique plus sûre, plus forte, et plus sage… Ce 11 septembre 2001, nous sommes retrouvés unis et tous frères dans une même nation.”(p XVIII).

Donald Forestier

co-écrit avec Charles Aissani, sous le pseudonyme de Donald Forestier, publié sur le site Agoravox le  18 septembre 2010

Notes

[1]On le sait parce que cette valise fut par erreur égarée dans l’aéroport de Boston au moment de l’embarquement.

[2]L’explosion creusa tout de même un cratère de 30 mètres sur 60 sur 5 étages, et manqua de peu d’entraîner le basculement de la tour sur sa jumelle, objectif recherché par les terroristes. Dans ce cas de figure, l’attentat aurait sans doute fait des milliers de morts.

Une réponse sur “J’accuse (3/12) : résumé du rapport de la commission d’enquête”

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